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dimanche, 21 septembre 2014 16:09

Décodons le décodeur antilibéral

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J'ai lu cet été un article dans le supplément du Monde intitulé "le décodeur" et qui critique le concept libéral du jour de libération fiscale.

Le journaliste, Samuel Laurent indique :

"Comme chaque année, un certain nombre de média reprennent un concept importé des Etats-Unis, celui du "jour de libération fiscale". Un savant calcul qui doit permettre de distinguer le jour où l'on cesse de travailler pour l'Etat en payant taxes et impôts, pour enfin travailler pour soi. En pratique, il s'agit de calculer un taux de pression fiscale, puis de le ramener au nombre de jours de l'année. Et pour 2914, la date est tombée : le 28 juillet. Le problème, c'est que ce calcul est des plus critiquables. (…) Que la fiscalité française soit une des plus élevées en Europe est un fait indiscutable. Mais cet indice, lui l'est bien moins. En réalité, on donne ici une prime évidente à la privatisation : si c'est l'Etat qui gère ma retraite ou ma santé, elles rentrent dans l'indice. Si elles sont confiées au privé, elles ne comptent plus. Alors certes, je serai libéré plutôt de mon écot à l'Etat. Mais le reste de l'année, il me faudra payer, son mon argent libre, une entreprise pour m'assurer sur ma santé, une autre pour ma retraite, l'école de mes enfants, etc..

La conclusion. Importé des cercles libéraux américains, ce jour de libération fiscale qui dénonce la voracité de l'Etat connaît, sans surprise, un succès grandissant Il se fonde pourtant sur un postulat très discutable, ne précisant jamais que l'Etat ne fait pas que prendre l'argent, il le rend aussi. En 2012 l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) rappelait que, une fois les transferts sociaux (allocations et aides diverses) déduits, le taux net de prélèvements obligatoires est de 17 % en France. Un chiffre remarquablement stable depuis 1959."

L'idée du journaliste est une idée très souvent exprimée par les anti-libéraux pour s'opposer à la critique du poids grandissant de l'impôt et des cotisations sociales. Il s'agit de faire valoir que si la pression fiscale et sociale est très lourde, elle permet en contrepartie de bénéficier de services importants de l'Etat et des organismes sociaux. En conclusion, il n'y a pas réellement de problème à avoir un taux aussi élevé de prélèvement obligatoire.

C'est en grande partie faux. Il faut décoder le décodeur.

Le décodeur antilibéral a raison de s'opposer à certaines idées simplistes des libéraux mais c'est pour sombrer lui-même dans une forme de désinformation antilibérale. Le décodeur nous enfume.

En effet, il y a dans cette présentation des faits, plusieurs idées fausses implicites, elles-aussi au moins très discutables et le décodeur antilibéral oublie de les évoquer.

 

Les régimes sociaux obligatoires ne sont pas toujours utiles aux citoyens

Il y a d'abord l'idée implicite selon laquelle les différents régimes de cotisations sociales sont absolument utiles et nécessaires au citoyen, que si l'Etat et les organismes sociaux ne lui piquaient pas ses sous pour financer sa retraite par exemple, il serait de toute façon obligé d'épargner lui-même pour préparer sa retraite. C'est en partie faux.

Par exemple, tous les citoyens n'ont pas nécessairement besoin du régime de cotisation retraite qu'on leur impose. Le régime légal obligatoire n'est pas nécessairement adapté à leur situation personnelle.

Par exemple, à titre personnel je trouve absurde qu'on m'impose de cotiser à un régime maladie pour couvrir mes dépenses maladies courantes. Autant, je pense nécessaire de m'assurer pour les gros risques, autant je trouve inutile de m'assurer pour me couvrir des petites dépenses récurrentes de santé.

Encore un exemple : je pense qu'il est tout à fait absurde que tous les salairiés soient obligatoirement assurés à un régime d'assurance chômage. Les cadres d'entreprise sont suffisamment intelligents pour comprendre qu'il est judicieux pour eux de s'assurer à un régime d'assurance privé optionnel ou pour réaliser une épargne de précaution, pour faire face aux éventuels coups durs de leur carrière professionnelle. La meilleure assurance contre le chômage, c'est encore de bien gérer sa carrière et sa formation professionnelle.

En fait les régimes d'assurance obligatoire sont souvent inutiles.

 

L'assurance obligatoire méprise le peuple et ses capacités

La collectivisation forcée prévue par ces régimes porte atteinte à la liberté individuelle. Il est présumé que les citoyens sont trop idiots pour s'assurer ou pour épargner par eux-mêmes. Il y a une forme de mépris pour le peuple et ses capacités.

En ce sens, ces régimes sont contraires au principe démocratique selon lequel le peuple est à même de faire les bons choix pour lui-même.

Etre démocrate c'est faire confiance à l'intelligence du peuple, tout en agissant concrètement pour que cette confiance soit méritée.

En pratique, évidemment, il y a le risque que faute de régime d'assurance obligatoire, beaucoup de personnes imprévoyantes se retrouvent sans protection. Mais je pense que le respect du principe démocratique implique de prendre tous les citoyens pour des adultes et de faire preuve de pédagogie pour former les citoyens et leur faire comprendre l'intérêt de s'assurer librement.

Les régimes sociaux privent les français de la liberté de gestion de leur revenu et de gestion personnelle de leurs risques personnels.

Ces régimes collectivisent à l'excès un domaine qui devrait relever de la liberté et de la responsabilité individuelle.

Imaginons en France que l'on fasse un référendum pour proposer aux français la suppression de tous les régimes obligatoires d'assurance, à charge pour eux de s'assurer librement s'ils le souhaitent auprès de régimes privés d'assurance. Je suis persuadé que le résultat du référendum serait un oui massif.

 

Le coût de l'assurance obligatoire

Pour revenir à l'idée du décodeur selon laquelle il y a une équivalence entre un régime de prélèvements obligatoires et des dépenses personnelles, il faut aussi rappeler que le système social français est une formidable machine à perdre de l'argent.

Autrement dit les fonds prélevés ne se retrouvent pas tous dans la poche des français qui ont cotisé. Tout système de prélèvement présente un coût de gestion. Il faut beaucoup de fonctionnaires pour percevoir les impôts et les cotisations, pour en contrôler le bon calcul et le paiement. L'usine à gaz des impôts et des cotisations ne tourne pas toute seule, elle a besoin de nombreux ouvriers.

 

La solidarité mélangée à l'assurance

Enfin, il n'y a pas d'équivalence entre le système social avec des cotisations forcées et un système plus libéral de cotisation personnelle libre car le système social français inclut un régime de solidarité forcée, en plus d'un régime d'assurance.

Il ne s'agit pas de condamner la solidarité mais de condamner son mélange peu judicieux avec l'assurance.

Personnellement, je suis tout à fait favorable pour conserver un régime de solidarité mais à condition qu'il soit bien distinct de l'assurance, financé par l'impôt et réservé aux plus démunis.

Un des caractères pervers du régime français est précisément de confondre l'assurance et la solidarité, en prenant bien soin de mélanger les deux concepts.

En mélangeant l'assurance et la solidarité, on gère mal ces deux missions par nature différente, on fait de la fausse solidarité avec de grossières injustices et de la mauvaise assurance gangrenée par les abus.

 

La prétendue solidarité cache de grossières injustices

En pratique le concept de solidarité est souvent détourné de son objet. La solidarité permet parfois de justifier les pires injustices.

L'exemple le plus flagrant de cette fausse justice sociale est le régime d'assurance chômage des intermittents du spectacle. En France, les artistes vivent au crochet des ouvriers et des employés mais ce résultat est présenté par les syndicats des intermittents comme un bel exemple de justice sociale et de solidarité.

Alors que l'assurance chômage a été conçu pour gérer le risque accidentel du chômage, le régime des intermittents permet le financement des périodes d'inactivités inévitables des artistes. C'est une énorme agence d'intérim qui permet d'avoir une rémunération annuelle stable alors que leurs missions sont temporaires et espacées. Ce qui pose problème c'est que ce système n'est pas à l'équilibre et qu'il est financé par les cotisations de tous les assurés. Il devrait être financé exclusivement par les intermittents et leurs employeurs.

Un autre exemple est le régime de retraite. C'est un régime par répartition. Il est présenté comme un dispositif de solidarité car la génération au travail cotise pour celle qui est à la retraite.

Mais ce système est devenu grossièrement injuste car les jeunes salariés d'aujourd'hui cotisent pour une génération qui a très peu cotisé, qui a peu travaillé et qui profite de l'allongement de la durée de la vie pour bénéficier de retraites interminables.

En fait de solidarité, le régime des retraites est un système profondément injuste, un hold-up des vieux contre les jeunes.

Il serait aussi possible d'évoquer le système des aides au logement pour les jeunes étudiants : comment justifier que les enfants qui ont des parents riches puissent bénéficier de ces aides au prétexte qu'ils ne sont plus dans le foyer fiscal de leurs parents. Juridiquement les parents sont tenus de financer les études de leurs enfants, même après leur majorité. Ce n'est pas au système social obligatoire de financer les études supérieures des enfants des classes aisées.

Il faut évidemment conserver un régime de solidarité pour venir en aide aux personnes démunies, aux personnes victimes de maladies génétiques, etc.

Mais il faut réserver la solidarité aux personnes en difficulté et non à toute la population. Il faut définir précisément et clairement les objectifs de solidarité et la faire financer par l'ensemble des citoyens, c’est-à-dire par l'impôt, et non uniquement par les travailleurs, à travers des cotisations sociales exclusivement basées sur les revenus du travail.

Les revenus du patrimoine doivent aussi financer la solidarité et la solidarité ne doit pas financer les personnes qui ont des revenus ou des patrimoines significatifs.

 

La fraude et les abus gangrènent le système

Enfin, notre régime social envahissant qui assure tout le monde de manière délirante encourage nécessairement les abus, sans même parler de la fraude. De nombreux salariés abusent de l'assurance chômage et de l'assurance maladie, en toute bonne conscience.

Les salariés honnêtes paient pour ceux qui commettent les abus.

Le système de protection sociale français pâtit du manque de moralité des citoyens.

Il pourrait fonctionner si tout le monde était strictement honnête et rigoureux au plan moral, si tous les chômeurs étaient vraiment tous à la recherche d'un emploi, si tous les salariés malades étaient vraiment tous malades et non partis à la cueillette des champignons.

Un dispositif libéral basé sur la responsabilité individuelle échappe à ces abus généralisés car chacun cotise en fonction de ses risques personnels et personne n'a intérêt à provoquer abusivement des indemnisations. Le système est plus efficace et pragmatique.

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